Programme de recherche
Ce que je cherche à comprendre, le cadre que je propose et ce qu'il reste à établir.
Question de recherche
Comment les coûts de conformité, les délais institutionnels et l'incertitude réglementaire entrent-ils dans l'arbitrage d'un dirigeant de PME qui envisage d'étendre sa capacité alors que la demande est favorable ?
Périmètre : projets d'extension soumis à autorisation ou à des normes spécifiques.
Le cadre en trois éléments
Frictions
Trois catégories de frictions
Coûts de conformité (estimables ex ante pour l'essentiel), coûts de délai (report des flux, frais de portage), incertitude réglementaire (sur l'autorisation, les recours, l'évolution des règles).
Rentabilités
Trois mesures de rentabilité
Rentabilité calculée (le calcul effectivement réalisé, qui omet souvent les frictions), rentabilité ajustée des frictions, rentabilité perçue par le dirigeant. L'écart tient aux coûts omis, puis à un rendement exigé relevé par la valeur de l'attente, le risque total, l'ambiguïté et des biais.
Inaction
Quatre critères, trois formes
Information datable attendue ou non ; risque ou ambiguïté ; persistance de l'option ; divisibilité du projet. Attente stratégique, sous-investissement, renoncement.
Propositions
Formulées à partir de la littérature et de ma pratique de dirigeant. Elles ne sont pas encore éprouvées sur un terrain.
- P1Coûts omis
Les frictions institutionnelles sont souvent absentes, en tout ou partie, de la rentabilité calculée par les outils usuels.
- P2Valeur de l'attente
Quand elle porte sur des évolutions graduelles, l'incertitude réglementaire relève le taux de rendement exigé pour investir, parce qu'attendre a une valeur quand l'engagement est irréversible. Exception : la crainte de voir disparaître une mesure favorable peut au contraire accélérer l'investissement (Hassett et Metcalf, 1999 ; Hoffmann, Trautmann et Hamprecht, 2009).
- P3Risque total
Un dirigeant dont le patrimoine est concentré dans l'entreprise exige une prime pour le risque total du projet, et pas seulement pour son risque systématique.
- P4Cumul des frictions
Lorsque des frictions se renforcent mutuellement (un délai allonge l'exposition au recours et à l'évolution des règles), leur effet sur la décision serait plus que proportionnel (hypothèse de superadditivité, à examiner par le suivi de processus).
- P5Formes d'inaction
La forme d'inaction dépend de quatre critères : l'arrivée attendue d'une information datable, la nature de l'aléa (risque ou ambiguïté), la persistance de l'option pendant l'attente et la divisibilité du projet.
- P6Explication concurrente
Le rationnement du crédit, total ou partiel, peut produire les mêmes décisions : il doit être contrôlé dans chaque cas.
Typologie des formes d’inaction
Quatre critères distinguent les formes que peut prendre la décision de ne pas investir (ou pas tout de suite, ou pas entièrement).
Critère 1
Information datable
Une décision précise est-elle attendue à une date connue (décret annoncé, jugement, adoption à date fixée) ? Attendre jusqu'à elle a alors une valeur particulière (Bernanke, 1983).
Critère 2
Risque ou ambiguïté
Le dirigeant peut-il attribuer des probabilités fiables aux issues possibles, ou non (Knight, 1921 ; Ellsberg, 1961) ?
Critère 3
Persistance de l'option
L'opportunité reste-t-elle ouverte pendant l'attente, ou peut-elle disparaître (fenêtre de marché, concurrent qui s'installe, intention qui s'érode) ?
Critère 4
Divisibilité du projet
Le projet peut-il être engagé par tranches, ou dimensionné plus petit en gardant la possibilité d'étendre ?
| Forme | Condition principale | Mécanisme et ancrages |
|---|---|---|
| Attente stratégique | L'option persiste ; le projet est peu divisible. | Reporter tant que le seuil de déclenchement n'est pas atteint (Dixit et Pindyck, 1994), y compris sans information datable attendue. L'ambiguïté rend en général le report plus probable (Nishimura et Ozaki, 2007), sans que ce soit systématique (Miao et Wang, 2011). Une information datable borne l'attente. |
| Sous-investissement | Le projet est divisible. | Investir moins ou par tranches conserve l'option d'étendre (Pindyck, 1988 ; Majd et Pindyck, 1987). Un financement partiel et le risque total supporté par le dirigeant vont dans le même sens. |
| Renoncementhypothèse | L'option s'éteint pendant l'attente. | Mon hypothèse : sous ambiguïté persistante et sans information datable attendue, l'attente se prolonge par défaut (Bewley, 2002 ; Anderson, 2003) jusqu'à ce que l'option disparaisse. Le renoncement serait alors moins une décision explicite qu'une attente sans terme. |
Typologie proposée, à éprouver par l'étude de cas. Les formes ne sont pas étanches : un même projet peut passer de l'une à l'autre. Lire la note 10.
Ancrages théoriques
Options réelles
Myers (1977), Bernanke (1983), McDonald et Siegel (1986), Pindyck (1988), Dixit et Pindyck (1994).
Incertitude et ambiguïté
Knight (1921), Ellsberg (1961), Gilboa et Schmeidler (1989), Nishimura et Ozaki (2007), Miao et Wang (2011).
Nouvelle économie institutionnelle
Williamson (1985), North (1990), Djankov et al. (2002), Herd et Moynihan (2018).
Décision et comportement
Simon (1955), March et Shapira (1987), Tversky et Kahneman (1992), Bewley (2002), Anderson (2003).
Ce que ce programme n’affirme pas
Que la réglementation soit le premier frein à l'investissement des PME : les enquêtes placent souvent le recrutement et la demande devant elle. Que les normes soient injustifiées : elles protègent aussi des tiers. Que l'apport soit entièrement nouveau : l'écart entre rendement exigé et coût du capital est documenté (Poterba et Summers, 1995 ; Jagannathan et al., 2016). L'apport proposé est plus étroit : identifier, dans le cas des PME, ce qui dans cet écart relève des frictions institutionnelles, et la forme d'inaction qu'il produit.
Mon expérience vient d'une entreprise de services numériques ; l'étude de cas portera plus largement sur des PME soumises à autorisation, notamment industrielles.
Comment ces propositions seront éprouvées : la méthodologie →