Aller au contenu
Note de recherche Note 8 sur 12 Frictions institutionnelles 15 min de lecture

: les ajouts postérieurs à la publication figurent dans un encadré « Mise à jour ».

Frictions institutionnelles cumulées : l’effet de blocage dépasse-t-il la somme des contraintes ?

Hypothèse : l’accumulation des coûts de conformité, des délais et de l’incertitude réglementaire pourrait produire un blocage décisionnel supérieur à la somme des contraintes prises isolément.

Sylvain MarchandPraticien-chercheur en sciences de gestion

Les deux notes précédentes de cette série ont analysé les frictions institutionnelles qui pèsent sur la décision d’investissement du dirigeant de PME en les traitant séparément. La note 6 a examiné les coûts directs de la conformité réglementaire : charges administratives, honoraires de conseil, mises aux normes techniques. La note 7 a détaillé les coûts liés aux délais institutionnels : durée d’instruction des autorisations, immobilisation du capital pendant les procédures, incertitude générée par le risque de recours de tiers. J’ai proposé une taxonomie en trois catégories (coûts de conformité, coûts de délai, incertitude réglementaire) qui permet de cartographier les canaux par lesquels l’environnement institutionnel affecte le projet d’extension de capacité.

Mais cette décomposition analytique a une limite : elle suppose que l’impact de chaque friction peut être évalué indépendamment des autres. Or, dans mon expérience de dirigeant et dans ce que rapportent plusieurs dirigeants de mon entourage professionnel, les frictions institutionnelles ne semblent pas s’additionner de manière arithmétique. Elles interagissent. Et leur combinaison pourrait produire un effet de blocage décisionnel qui excède la somme de leurs effets individuels. C’est l’hypothèse de cette non-linéarité que cette note examine, en mobilisant les cadres de North (1990), Williamson (1985) et Dixit et Pindyck (1994), et en précisant ce que chacun permet, ou ne permet pas, d’en dire.

L’hypothèse d’additivité et ses limites

L’approche standard en évaluation de projet consiste à recenser les coûts, à les sommer, puis à les intégrer dans un calcul de rentabilité actualisée. Si le coût de conformité est estimé à C, le coût de délai (revenus perdus compris) à D, et si l’incertitude réglementaire est traitée par une décote R, le coût total des frictions institutionnelles serait C + D + R. Cette logique additive n’est pas une propriété de la VAN, qui peut intégrer des dépendances entre flux par scénarios ou simulations (Brealey, Myers & Allen, 2020) ; elle tient à son usage simplifié, poste par poste. Elle repose sur une hypothèse implicite : chaque composante de coût est indépendante des autres et agit sur la décision par un canal séparé.

Cette hypothèse d’indépendance est fragile dans le cas étudié ici. Un dirigeant de PME qui fait face simultanément à une charge de conformité élevée, à un délai d’instruction incertain et à un risque de recours de tiers ne traite pas ces trois informations comme trois postes budgétaires indépendants. Il les perçoit plutôt comme les composantes d’un même environnement contraignant, dans lequel l’incertitude générée par chaque friction peut amplifier la perception des deux autres. Les dirigeants apprécient le risque par rapport à des niveaux cibles plutôt que comme une variance (March et Shapira, 1987 ; voir la note 1). J’en tire une hypothèse : lorsque plusieurs frictions s’ajoutent, elles rapprochent ensemble le projet de ces seuils, et leur effet sur la décision pourrait croître plus vite que le nombre de sources.

Accès réservé

Vous lisez un aperçu. Le texte intégral de la note, ses références et ses encadrés de mise à jour sont réservés aux lecteurs disposant d’un accès (chercheurs, membres de jury, relecteurs).

Suite de la note

  1. Trois mécanismes d’interaction entre frictions
  2. Le cadre institutionnel de North : quand l’instabilité des règles multiplie les frictions
  3. La valeur de l’attente : ce que Dixit et Pindyck montrent, et ce qu’ils ne montrent pas
  4. Le mécanisme de basculement : du report au renoncement
  5. Une hypothèse à éprouver pour la suite de la série
  6. Références

Se connecter Demander un accès

Vous dirigez une PME et avez différé, réduit ou abandonné un projet d’extension alors que la demande était là ?

Je prépare une étude de cas sur ces décisions, qu’elles aient abouti ou non, et je recherche des dirigeants pour des entretiens confidentiels et pseudonymisés. Critères et déroulement.

L'auteur Sylvain Marchand Ancien dirigeant d'entreprise (2006 à 2024), aujourd'hui enseignant en économie et finance et praticien-chercheur en sciences de gestion.